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jeudi 5 décembre 2013

Petrocaribe : la Banque mondiale critique, le gouvernement s’enflamme

En général, c’est dans les « one and one » avec le gouvernement Haïtien que les fonctionnaires de la Banque mondiale conseillent et mettent le petit doigt sur ce qui ne marche pas. Ce mercredi, quelque chose a peut-être changé. Entourée d’une quinzaine de journalistes et de ses collaborateurs, Mary Barton-Dock, l’envoyée spéciale de la banque, a dit ses quatre vérités, comme si elle voulait prendre l’opinion publique à témoin. « Il faut une utilisation sage des financements de Petrocaribe
dans l’économie », a appelé cette détentrice d’une maîtrise en politique publique de Harvard, qui a travaillé dans beaucoup de pays d’ Afrique depuis qu’elle a rejoint la banque en 1993.


Si l’on se creuse les méninges en cherchant les sens possibles du mot « sage » dont un synonyme peut renvoyer à « intelligence », Mary Barton-Dock a été un zeste plus directe, en évoquant un déficit de « transparence » dans l’utilisation des fonds Petrocaribe.

« Jusqu’ici, je pense que la transparence sur l’utilisation des financements Petrocaribe est peut-être un peu moins que les autres réellement », a-t-elle souligné. Les autres, a précisé Barton-Dock, ce sont l’Etat Haïtien et les partenaires qui contribuent au budget d’investissement. Malgré la budgétisation des fonds Petrocaribe, cela n’a pas permis d’avoir « de grands détails », a enchaîné Mary Barton-Dock, sans faire l’économie de quelques suggestions. «

Pour les financements de l’Etat, ce que je suggère tout d’abord est plus de transparence », a dit l’envoyée spéciale de la Banque mondiale, généreuse dans les détails sur le mode d’emploi pour les partenaires haïtiens.

« Pour avoir cette transparence, on doit améliorer les éléments de gestion, la préparation du budget d’investissements », a aussi conseillé Mary Barton-Dock, qui souhaite qu’Haïti ait un système priorisant les investissements publics en fonction de leur rentabilité sociale et économique. Il faut rechercher l’efficacité avec peu d’argent, a insisté l’envoyée spéciale, qui a glissé une nouvelle peu réjouissante. La Banque mondiale, qui a alloué un « budget exceptionnel » de 500 millions de dollars sur trois ans dont 405 sont engagés depuis le séisme, va revoir à la baisse son enveloppe pour Haïti. Entre-temps, avant l’affectation d’un nouveau budget en juillet 2014, « le reliquat des 95 millions de dollars sur le précédent budget de trois ans va être utilisé dans deux projets », a révélé Mary Barton Dock.

Le gouvernement s’enflamme

En Conseil des ministres, retransmis en direct sur la TNH, le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe a fustigé les propos de Mary Barton-Dock. « Pendant 27 jours, des experts vénézuéliens ont audité le programme Petrocaribe. Le résultat a été plus qu’acceptable. Le président Maduro l’a dit lors de sa visite en Haïti », a souligné le Premier ministre, ajoutant qu’Haïti est l’un des pays à avoir une gestion plus transparente dans ce programme.

La Banque mondiale n’a jamais demandé des informations sur la gestion de ce fonds, a poursuivi Laurent Lamothe, qui a critiqué les procédures complexes et longues de cette institution financière internationale. « Il y a des délais interminables pour recevoir un seul dollar de la Banque mondiale.

Aidez-nous à accélérer le processus de décaissement », a appelé le chef du gouvernement, pour qui les propos de l’envoyée spéciale de la Banque mondiale insultent le peuple haïtien. « Il faut mettre la banque mondiale à sa place », a tempêté Rose-Anne Auguste, la ministre délégué à la lutte contre la pauvreté extrême. La Banque mondiale est jalouse par rapport aux réalisations effectuées avec l’argent de Petrocaribe, a-t-elle affirmé.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau, a indiqué que tous les contrats de Petrocaribe respectent les mêmes procédures en vigueur pour la passation de marchés publics. Les informations sont disponibles sur le site du MEF et du BMPAD. Michael Lecorps, responsable du BMPAD, a rappelé que le programme a été audité avec succès.

En mars de cette année, le très influent sénateur Jocelerme Privert, président de la commission Économie et Finance du grand corps, avait indiqué « qu’iI y a une certaine opacité quant à la gestion de Petrocaribe ». « Les résolutions prises en Conseil des ministres les 28 février et 28 juillet 2012 autorisant respectivement le décaissement de 234 millions de dollars et de 130 millions de dollars pour exécuter des projets ne sont toujours pas publiées dans le journal officiel, Le Moniteur », avait dénoncé Jocelerme Privert à l’époque.

En off, un autre sénateur s’est offusqué que le gouvernement « utilise les catastrophes naturelles comme paravent pour engager des fonds en dehors des procédures dictées par la loi sur les marchés publics ». Après le cyclone Sandy, 450 millions de dollars ont été engagés sans appel d’offres, a expliqué ce parlementaire, qui rejoint les observations de la Banque mondiale. « Quand effectivement des investissements publics se font sur cette base, sans passation de marché, sans compétition, il y a de la place pour des suspicions de corruption », s’est désolé ce parlementaire. Hasard du calendrier ou « coup de com » planifié, la rencontre de Mary Barton-Dock avec la presse est intervenue vingt-quatre heures après la publication du rapport annuel de Transparancy International sur l’indice de perception de la corruption. Selon ce classement, Haïti occupe la 163e place sur 177 pays.

Haïti fait du surplace dans un contexte de bataille entre la présidence et le Sénat sur la publication des noms des nouveaux juges de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA), de méfiance pour certains, de vassalisation pour d’autres de la Commission nationale de passation de marchés publics (CNMP), un organe déconcentré du bureau du Premier ministre.
 
Roberson Alphonse

Source: Le Nouvelliste

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